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La Galerie CRAF a l'honneur de présenter:

Traductions

Giselle Beiguelman + Vera Bighetti
Raquel Garbelotti
Alice Miceli



Conservatrices : Emelie Chhangur + Daniela Castro

 27 mars - 3 mai 2008

Réception d'ouverture :
Samedi 5 avril - 12 - 5pm - Présence des artistes + conservatrices


Présenté conjointement avec
IMAGES FESTIVAL 

TALK to the PIE 4

 

Colloque des conservatrices et artistes

mercredi 9 avril - 4pm

Gladstone Hotel Art Bar

1214 rue Queen Ouest










Communiqué de presse - Translations|Traduções




Giselle Beiguelman + Vera Bighetti, Improbable Architectures, 2007.

Essai de la conservatrice, Emelie Chhangur

                      La transposition d'artistes d'un pays ou d'un hémisphère à l'autre suggère déjà que nous n'avons pas à faire à des notions abstraites d'espace - ou même à des questions actuelles de place ou de lieu - mais toujours à des processus de traduction. Qui plus est, les artistes brésiliennes, en l'occurrence Raquel Garbelotti, Alice Miceli et l'équipe de Giselle Beiguelman et de Vera Bighetti, ne nous entretiennent pas d'accidents de nationalité, mais de traductions toujours récurrentes au sein de leurs oeuvres, qui tracent la carte de la géographie sociale et psychique. Leurs projets à plusieurs facettes étendent le territoire de l'art, et ouvrent la voie à de nouvelles façons d'apprendre, voir et interagir à travers la collaboration, la participation et les nouveaux usages de la technologie. Ceci signifie que Translations/Traduções est une expérience où l'on déplace les espaces, expérience s'intéressant à la réception ici à Toronto autant qu'à la production ailleurs. Ensemble, nous sommes impliquées : chacune de ces oeuvres nous place au milieu de systèmes d'observation, comme des participantes,  plutôt que comme des spectatrices indifférentes.

                  

                   Les photographies, vidéos et textes de Juntamentz (2006 - 07) par Raquel Garbelotti miment les projets de recherche du champ universitaire en documentant les visages de la migration vers le Brésil des Poméraniens venus d'Allemagne à la fin du XIXe siècle. Avec Carla Siebert et Irlici Klitzke, deux de leurs étudiantes poméraniennes de Universidade Federal do Espírito Santo, Raquel Garbelotti a collaboré avec des chercheuses, Rafael de Paula Correa et Vinicius Martins Gonzaga.  Ce groupe voué à la recherche a eu recours à l'ethnographie pour révéler les limites de la représentation. Les composantes résultant du projet collaboratif indiquent que les formats documentaires sont intrinsèquement liés aux perspectives de leurs auteurs.

                   Réalisé pour cette exposition, Silent Film (in search of Pomeran house) montre une série d'images sous-titrées, représentant les maisons poméraniennes « typiques » construites au moyen de Juntamentz (jointures), procédé traditionnel, dans les communautés rurales hors de Espírito Santo. Traduits en portugais grâce aux descriptions orales de Carla et d'Irlici, actuellement traduits en anglais, les sous-titres des images de Raquel Garbelotti manifestent l'impossibilité de voir des typologies fixes émerger de la recherche ethnographique traditionnelle, en ce que leur documentation met en lumière des éléments poméraniens parallèlement à Capixaba. De même, la photographie Casa Pomerana- Casa Capixaba_ pomeran house_capixaba house représente un style hybride d'architecture - répandu dans les villes comme São Paulo - qui n'est ni l'un ni l'autre (ni de Pomeranie, ni de Capixaba).1  Les sous-titres des photographies de Raquel Garbelotti, comme l'architecture qu'elle documente, brouillent la classification ; les descriptions virent plutôt vers la narration : «  Résidence achetée par des propriétaires qui ne sont pas poméraniens et y séjournent uniquement en fin de semaine. Elle ne possède plus d'entrepôt adjacent ». Les participantes de Raquel Garbelotti, Carla et Irlici, ont été brouillées par une fiction transmise. L'émigration s'est déroulée il y a si longtemps, que certaines des caractéristiques que Carla et Irlici attribuent à Capixaba sont en fait européennes.

                   En se servant d'un modèle de recherche universitaire en termes contemporains, l'artiste et ses collaboratrices participent à une autre sorte de Juntamentz. Elles transforment la structure même et les systèmes d'acquisition des connaissances à l'université. En tant qu'artiste, Raquel Garbelotti resitue aussi son rôle, en repensant la façon dont l'art est réalisé, les conditions dans lesquelles il est reçu, et comment il fonctionne dans les autres contextes. 

            Chernobyl Project (2005-2008) d'Alice Miceli repousse les frontières de l'art documentaire, en « brossant le portrait » de réalités sociales invisibles : les résidus radioactifs de la « Zone d'exclusion » de Tchernobyl. Après une année de recherche infatigable sur la radioactivité, Alice Miceli a travaillé avec des savants de l'institut de protection contre la radioactivité à Rio de Janeiro et du Otto Hug Strahleninstitut à Munich, pour construire un appareil - un appareil photo à sténopé, enfermé dans un boîtier de plomb - qui détecte la radioactivité.  Les images révèlent ainsi une réalité invisible qui transcende les frontières visibles et exerce des effets sociaux réels (60 % de toutes les retombées radioactives se sont déposées en Belarus voisine, lieu moins visible du point de vue social et politique, de la catastrophe de Tchernobyl). L'appareil photo agit pour rendre visibles les radiations invisibles à travers un processus d'image plutôt qu'une représentation (statique).

                   L'une des photographies imprimées pour cette exposition - Checkpoint at Chernobyl Exclusion Zone - ne révèle rien des réalités sociales de l'endroit illustré, ni les complexités que dévoile le projet d'Alice Miceli.  Il s'agit d'une image de l'entrée dans la Zone d'exclusion, prise lors de sa première visite en Belarus. Contrairement à son image du poste de contrôle, le blogue d'Alice Miceli inclut le spectateur dans la production de connaissance : pour ce faire, il crée un espace donnant forme au discours qui entoure ses découvertes. À travers l'Internet, il nous fournit un accès direct à la Zone d'exclusion et offre un document public alternatif de la catastrophe. Composante centrale de son projet, le blogue fonctionne pour documenter ses visites, sa recherche et ses photographies, tout en faisant connaître la contribution des autres. Comme dans tous les projets de l'artiste dans cette exposition, le sujet de l'oeuvre évoque les méthodes de représentation ou de documentation les mieux à même de formuler sa visibilité en modelant la nature même de la façon dont elle devient visible.

                   Giselle Beiguelman et Abel Reis (chef de la direction de Agencia Click) ont peut-être instauré la première galerie d'art numérique sur l'Internet, Galeria Noema, qu'accueille Second Life, plate-forme en ligne de réalité virtuelle. Dans cette galerie nomade, les artistes créent des environnements tissés en réseau, où la Toile et d’autres sites du monde réel s'assemblent dans une oeuvre d'art intégrée. De par sa nature même, cet espace transcende limites et frontières, mais la galerie définit aussi sa fonction grâce à son nom. « Noema » est un objet de perception ou de pensée, défini comme « la représentation d'une expérience d'un système basé sur le sens, par le biais de son propre processus auto-référent ». Par la nature même du processus interactif, les spectateurs sont maintenant acteurs à titre intégral.

                   Galeria Noema est le site de l'exposition immersive et interactive, Improbable Architectures, de Giselle Beiguelman et Vera Bighetti, que les artistes définissent comme étant « en suspension, transparente, sans colonnes, utilisant simplement des sources liquides et aériennes pour composer des formes originales, qui permettent à tout un chacun de naviguer dans ses espaces intérieurs et extérieurs, de traverser ses murs et de se fondre dans ses structures ». Cet « espace défie notre  perception et réagit à la présence des ''inter-venants'', reformatée et mutée par ses visiteurs ». Au CRAF, Giselle Beiguelman et Vera Bighetti ont créé deux avatars que le spectateur est convié à activer, manipuler et percevoir du point de vue de l'espace de Improbable Architectures. Le projet relie aussi l'îlot CRAF, nouvellement formé, aux autres îlots déjà créés pour Improbable Architectures, comme Itaú Cultural Centre à São Paulo, pour tisser un nouveau réseau d'espaces virtuels, que définissent les activités du spectateur. À tous les niveaux de production et de participation, le projet est performatif ; il fait progresser notre compréhension perceptuelle, physique, conceptuelle et théorique des effets qu'exerce l'identité virtuelle, en même temps qu'il produit une plate-forme permettant à l'observateur une exploration vécue à l'intérieur du système d'observation.  

                 À titre d'expérience dans les espaces mouvants, Translations/Traduções présente les oeuvres de Raquel Garbelotti, Alice Miceli et de l'équipe de Giselle Beiguelman et Vera Bighetti, comme des investigations ouvertes et permanentes, plutôt que des représentations fixes. Leurs projets sont présentés exposés et en chantier, afin de refléter les façons dont elles explorent la réalité sociopolitique telle qu'elle est présentée et créée. Mais ici, les artistes ne se contentent pas de commenter ces réalités, car leurs actions ont un effet direct sur la forme donnée. Au premier abord, il semble paradoxal d'apporter ces oeuvres dans le contexte de la galerie, mais la prémisse de l'exposition reflète l'oeuvre même. Ensemble, nous reconnaissons que le besoin de donner un cadre conceptuel à l'oeuvre est un moyen de faciliter la communication, mais nous reconnaissons que cela, à son tour, le fixe le long de lignes représentatives. Dans le contexte de sa présentation à Toronto, nous nous efforçons d'émuler ce que l'oeuvre réalise dans un contexte planétaire, en offrant un cadre conceptuel qui émerge de nos modes permanents d'expression, hors du territoire de l'art contemporain, et à l'intérieur de ce dernier.

                 

Notes de bas de page

1 Le terme « Capixaba » fait référence à la population ou à la tradition que l'on trouve à Espírito Santo, et à la population qui y est née.

 Emelie Chhangur - Toronto - 2008

 

Transitory texts, Transitive spaces1

                  Les affirmations sur les impossibilités de la traduction sont quantité : la traduction se bute à des limites - elle se trouve incapable de transposer judicieusement le sens d'un signe d'une langue à une autre.

                 Selon Jackobson, lorsque l'on travaille en traduction interlangage, les messages d’une des langues sont traduits non pas par des unités individuelles d'un code, mais par des messages complets provenant de l'autre langue. Une telle traduction est un genre de discours indirect : le traducteur ou la traductrice change le code et transmet un message reçu d'une autre source. Par conséquent, une traduction concerne deux messages équivalents en deux codes différents. Trouver des équivalences dans la différence constitue le principal problème des langues, et le point central de la linguistique2 ; sur ce point se concentre l'attention de Translations | Traduções.

                Nous voyons le processus de transposition des oeuvres depuis leur contexte particulier à un autre, comme un processus de traduction. Ici, le contexte particulier a trait non seulement aux sphères sociale, politique et culturelle qui cernent l'endroit où les artistes ont formulé leurs projets, mais aussi à l'aspect particulier au site de chacun de ces projets. Raquel Garbelotti dissèque le mécanisme de ce qui serait une recherche anthropologique au sujet des Poméraniens de la région d'Espírito Santo ; Alice Miceli entend rendre visible l'invisible radioactivité de la « Zone d'exclusion » de Tchernobyl ; Giselle Beiguelman et Vera Bighetti défient notre compréhension immédiate des possibilités de l'espace virtuel défini par les limitations de l'espace physique.

                Autrement dit, nous comprenons que le risque d'aplanir cette topographie irrégulière constituerait un geste technocratique et imprudent, face à la possibilité de comprendre la force créatrice qui émerge de l'espace entre un système de signification et un autre.

                Dans l'acte de traduction, il n'existe pas de voies sans embûches, menant à des équivalences directes, car chaque langue possède son système propre de signification. Le projet de traduction - ici compris comme un support conceptuel de la présentation des oeuvres dans ce déplacement spatial et linguistique, ainsi que la « traduction » du concept initial en qualité (im)matérielle des oeuvres des artistes -  se montre comme un « groupe entre deux présents différents qui, à ce titre, se déroute et décentralise » 3.

                Et comment pourraient-elles ne pas se dérouter si nous avons à faire à une topographie imaginée - fonctionnalisée du point de vue anthropologique (Garbelotti), une topographie invisible (Miceli) et une topographie improbable (Beiguelman et Bighetti) ? Translations | Traduções est une transaction qui se produit entre endroits ; un itinéraire qui cherche à prouver des affiliations textuelles et institutionnelles, ainsi que les liens des corps qui se déplacent entre eux - avant tout, l'itinéraire de l'artiste. Il s'agit ici d'un site informationnel 4,  d'un endroit de textes, photos, vidéos, espaces physiques, choses - tous superposés.

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 1 Une grande partie de ce texte recourt à la thèse de doctorat de M. Jorge Menna Barreto, présentée à la faculté de communication et des beaux-arts de l'Université de São Paulo en 2007, ainsi que des conclusions de nos débats sans fin sur ce thème au vu de cette exposition. J'ai également absorbé certaines de ses idées jusqu'au point de souvent les faire miennes. J'y fais référence dans la bibliographie uniquement lorsque des citations directes sont mentionnées.

2 Roman Jackobson, Lingüística e Comunicação. (São Paulo: Editora Cultrix), page 65

3 Jorge Menna Barreto. Lugares Moles. Thèse de doctorat présentée à ECA - USP en 2007

4 Cf. James Mayer : « The functional site » dans Documents Magazine, EUA, 1996, pág. 20-29. Apud Jorge Menna Barreto, op. cit.  page 12

daniela castro

Traduction en anglais de Thiffany Wilmouth

Modifié par daniela castro

BIOGRAPHIES

Giselle Beiguelman est une artiste évoluant dans le domaine des nouveaux médias à São Paulo. Elle enseigne la culture numérique au programme diplômant de communication et de sémiotique à PUC-SP (São Paulo - Bresil). Parmi ses publications primées : « The Book after the Book », « egoscópio » et « Landscape » (avec Marcus Bastos et Rafael Marchetti). Ses oeuvres ont été présentées à l'occasion de nombreux événements internationaux, comme ZKM (Karlsruhe), Fundación Telefonica (Madrid), Smart Project Space (Amsterdam) et la XVe Biennale de São Paulo.

http://www.noema.art.br/

Vera Bighetti détient un doctorat en médias numériques du programme de communication et de sémiotique de Pontifícia Universidade Católica à São Paulo. Elle développe une recherche et des projets dans le champ de l'art génératif. Elle est auteur de Draw with Sound et Gramatologi+tal, œuvres primées. Elle a participé à la Biennale de La Havane (Cuba), à WebArt Festival (Yougoslavie), et figurait parmi les 10 premières artistes numériques dans Diesel New Art Competition de Suède et du Danemark.

Raquel Garbelotti vit à Vitória au Brésil où elle enseigne à l’Universidade Federal do Espírito Santo. Ses œuvres ont été présentées à l'ARCO 2003 à Madrid, à la XXVe Biennale de São Paulo, à la XXVIe Biennale de Pontevedra (Espagne), à la Foire Internationale d'Art Contemporain de Paris, et à FUNARTE de Rio de Janeiro. Raquel Garbelotti est représentée par Galeria Casa Triângulo à São Paulo (Brésil).

Artiste de Rio de Janeiro, Alice Miceli enseigne à Ateliê da Imagen - Escola de Fotografia à Rio de Janeiro. Ses œuvres ont été présentées lors d'événements internationaux tels que ZKM (Karlsruhe), au Centre provincial d'art contemporain (Hasselt), à Itaú Cultural (São Paulo), et projetées dans des festivals de vidéo : Videobrasil (São Paulo), NY Independent Film and Video Festival - 2005 (New York), transmediale.05 -  2005 (Berlin).

http://www.jblog.com.br/chernobyl.php

Emelie Chhangur est artiste, travailleuse culturelle et conservatrice de musée. Elle vit à Toronto. Suivant une démarche fondée sur des processus et collaborative sur le plan de son travail avec les artistes, sa recherche récente de conservatrice d'art et ses prochains projets trouvent leur contexte propre en Amérique latine. En sa qualité d'artiste, son poste de conservatrice de la Galerie d'art de l'Université York lui permet de transformer la nature de l'institution et le rôle de la galerie d'art contemporain, à la fois par rapport à son contexte universitaire et à sa fonction sociale au sein de la communauté des arts. Elle a montré ses vidéos en monocanal aux échelles nationale et internationale.

Daniela Castro est productrice hybride et nomade. Elle a fréquenté Art History School à Toronto mais traverse le monde brésilien de l'art contemporain. Elle est conservatrice d'art, écrivaine, productrice d'œuvres d'art à Sao Paulo, où elle vit actuellement.

REMERCIEMENTS PARTICULIERS 

La Galerie CRAF aimerait remercier le Consulat général du Brésil à Toronto qui a généreusement subventionné le livret de l'exposition, la Galerie d'art de l'Université York qui a aimablement fourni des ressources, et Images Festival qui a fait preuve de progressisme et effectué un travail remarquable. 

L'exposition Translations/Traduções a été présentée avec l'assistance du ministère des Affaires étrangères et Commerce international Canada.

 La visite de Daniela Castro a été rendue possible grâce au soutien généreux du gouvernement de l'Ontario (ministère de la Culture). 

Giselle Beiguelman + Vera Bighetti aimeraient remercier FIAT Bresil et Agencia Click pour avoir appuyé cette présentation de Improbable Architectures.

 Emelie Chhangur désire remercier le Conseil des arts du Canada (programme de subvention des critiques indépendants et des conservateurs d'art).

 

 

  

 La Galerie CRAF reconnaît avec gratitude le soutien de ses adhérentes, bénévoles et donateurs.

La Foundation Trillium de l'Ontario, Conseil Canadien des Arts, Conseil des Arts de l'Ontario, et Toronto Arts Council